El puente de Europa


Nada resume mejor la reconciliación franco-alemana, la amistad y solidaridad europeas, la eliminación de fronteras y la libre circulación de las personas que el puente de Europa sobre el Rin, que une Estrasburgo y Kehl. Muchos creen que fue aquí donde Barack Obama y otros 27 jefes de Estado y de Gobierno inmortalizaron la ingrata cumbre de la OTAN de 2009. Pero no, fue la pasarela de las dos riberas –inaugurada en 2004, 44 años después que el puente- la que acogió a tan insignes visitantes para una foto de familia.

En el puente de Europa caben todos (unos más que otros), ya que los más de 33.000 vehículos que circulan diariamente por los cuatro carriles del puente superan de lejos a los ciclistas y peatones que prefieren la tranquila pasarela.

Aparte de los que cruzan el puente a diario por razones laborales, no son pocos los alemanes que lo hacen por turismo y los franceses para hacer la compra. Un amigo francés me aseguró recientemente que la compra semanal de alimentos y productos de higiene y limpieza en Alemania le suponía un ahorro anual de 2.000 euros. Otros ciudadanos, en cambio aseguran que el gasto en gasolina para desplazarse varios kilómetros y hacer esas compras más económicas anula la ventajosa diferencia inicial. ¿Quién tiene razón? El debate está servido, pero sólo hay que pasearse por los aparcamientos de las grandes superficies comerciales cercanas a Kehl y ver el elevado número de vehículos con matrícula francesa estacionados. Esa es la realidad en una época en la que se hace necesario que Europa tienda puentes hacia los países a los que más afecta la crisis económica.

Para un español, el puente de Europa puede evocar el significado y trascendencia que tienen los numerosos puentes que unen España y Portugal para salvar las fronteras naturales de los ríos. Algunos, como el puente de Alcántara sobre el río Erjas lleva en pie desde el s. II d.c., y otros, como es el caso del puente de 300 metros sobre el río Choza, construido recientemente entre la localidad onubense de Paymogo y el otro lado de la frontera. Contrastan el puente internacional del Guadiana (666 metros) entre Ayamonte y Castro Marino y el puente sobre el río Abrilongo (sólo 3,20 metros), que pasa por ser el puente internacional más pequeño del mundo, entre La Codosera (España) y Arronches (Portugal). El puente entre El Granado (Huelva) y las localidades portuguesas de Pomarao y Mértola (150 metros) evita tener que recorrer 180 kilómetros por carretera para pasar de un país a otro. Eso sí que es una obra pública con proyección socio-económica, que une literalmente a dos pobla-ciones separadas por un río fronterizo y resuelve una condena histórica al olvido. Y si hablamos de belleza, aparece majestuoso el puente interna-cional de Tui (1888) que une Tui y Valença do Miño, con una estructura de hierro contemporánea a las obras de Eiffel. El puente histórico es ahora atracción turística y uno nuevo acoge a las miles de personas que en sus vehículos van en busca de una oferta comercial, cultural y gastronómica muy atractiva a ambos lados de la frontera.

A pesar del acercamiento que se ha conseguido entre los pueblos español y portugués, estos puentes no han logrado que los dos estados se hayan dado tradicionalmente la espalda, si bien hay honrosas excepciones. Y a favor de los portugueses, hay que resaltar el esfuerzo mucho mayor que han hecho siempre por hablar español (o mejor dicho, “portuñol”, una mezcla entre ambas lenguas perfectamente enten-dible por un ciudadano español), frente a la desidia española por aprender a hablar la lengua de José Saramago, que no sólo nos permite comunicarnos bien en el territorio de la antigua Lusitania, sino también en Brasil, uno de los países emergentes y con más futuro del planeta.

También es cierto que los numerosos puentes que unen España y Portugal no alcanzan la simbología histórica con la que cuenta el puente de Europa. Porque si tratamos de dotar al puente de una simbología humana, pueden surgir los binomios De Gaulle-Adenauer, Miterrand-Kohl, Chirac-Schroeder, Sarkozy-Merkel, o el de millones de personas anónimas que han cruzado alguna vez a pie, en bicicleta o en coche el puente de Europa, como un acto simple y rutinario, entre dos naciones separadas por unos metros que hoy se abrazan, 70 años después de haber estado más alejadas que nunca.

Hay cosas a las que hay que dar la espalda, pero sin olvidar. 



Le pont de l'Europe

traduit par Hélène KOENIG
 
Rien ne résume mieux la réconciliation franco-allemande, l'amitié et la solidarité européenne, l'élimination des frontières et la libre circulation des personnes que le pont de l'Europe sur le Rhin qui unit Strasbourg et Kehl. Beaucoup pensent que c'est là où Barack Obama et les autres 27 chefs d’État et de gouvernement ont immortalisé le catastrophique sommet de l'OTAN de 2009. Mais en réalité il s’agissait de la passerelle des deux rives -ouverte en 2004, 44 ans après le pont- qui a accueilli ces illustres visiteurs pour une photo de famille.

Tout le monde peut utiliser le pont de l'Europe (certains plus que d'autres), puisque plus de 33 000 véhicules circulent quotidiennement sur les quatre voies du pont dépassant largement le nombre de cyclistes et de piétons qui préfèrent traverser la passerelle tranquillement.

Mis à part ceux qui traversent le pont chaque jour pour le travail, ils restent beaucoup d'Allemands qui viennent pour le tourisme, alors que les français y vont pour faire des achats. Un ami français m'a assuré récemment que l'achat hebdomadaire d'aliments, de produits d'hygiène et de nettoyage, en Allemagne, représente pour lui une économie annuelle supposée de 2 000 euros. D'autres citoyens, affirment par ailleurs que la dépense en essence pour se déplacer de plusieurs kilomètres pour réaliser ces achats moins chers annule cet avantage initial. Qui a raison ? Le débat est lancé, cependant il suffit tout simplement de se balader dans les grands parkings des centres commerciaux près de Kehl pour y constater le grand nombre de voitures françaises qui se rendent là-bas. C'est la réalité d’aujourd’hui, où il est nécessaire que l'Europe tend des ponts vers les pays les plus touchés par la crise économique.

Pour un espagnol, le pont de l'Europe peut évoquer la signification et l'importance qu'ont de nombreux ponts reliant l'Espagne et le Portugal pour protéger les rivières en tant que frontières naturelles. Certains, comme le pont d'Alcantara, sur la rivière d'Erjas, existe depuis le II s. après J.C., et d'autres, comme le pont d'une longueur de 300 mètres qui passe au-dessus de la rivière Choza, construit plus récemment entre la localité espagnole de Paymogo de Huelva et de l'autre côté de la frontière. Sans oublier le pont international de la Guadiana (666 m) entre Ayamonte et Castro Marino et le pont au-dessus de la rivière Abrilongo (seulement 3,20 m), qui passe pour être le plus petit pont international du monde, entre La Codosera (Espagne) et Arronches (Portugal). Le pont qui va du El Granado (Huelva) aux villes portugaises de Pomarao et de Mértola (150 mètres) évite de parcourir par la route 180 kilo-mètres pour passer d'un pays à l'autre. Il s'agit d'une véritable œuvre d'utilité publique, ayant un but socio-économique, qui unie deux populations séparées par une rivière frontière et qui résoud une condamnation historique à l'oubli. Et si nous parlons de beauté, on trouvera le majestueux pont international de Tui (1888) qui unit Tui et Valença Miño avec une structure de fer contemporain aux œuvres d'Eiffel. Ce pont historique est maintenant une attraction touristique, qui accueille des milliers de personnes qui dans leurs véhicules, viennent chercher des offres commerciales, culturelles et gastronomiques, le tout très attrayant pour les deux côtés de la frontière.

Malgré l'approche qui a été réalisée entre les peuples portugais et espagnols, ces ponts n'ont pas réussi le rapprochement entre ces deux États, qui sont traditionnellement dos à dos, bien qu'il existe des exceptions notables. Du côte portugais, on peut souligner leur grand effort pour parler toujours espagnol (ou plutôt « portuñol », un mélange des deux langues parfaitement compréhen-sibles par un citoyen espagnol) face à l'apathie de l'espagnol pour apprendre à parler le langage de José Saramago, qui non seulement nous permet de communiquer sur le territoire de l'ancienne Lusitanie, mais aussi au Brésil, un des pays émergents et qui a le plus d'avenir de la planète.

Il est également vrai que les nombreux ponts reliant l'Espagne et le Portugal n'atteignent pas le symbole historique du pont de l'Europe. Parce que si nous essayons de donner à ce pont un symbole humain, surgissent les binômes De Gaulle-Adenauer, Mitterrand-Kohl, Chirac-Schröder, Sarkozy-Merkel, où des millions de personnes anonymes qui ont traversé au moins une fois soit à pied, soit à vélo ou en voiture le pont de l'Europe, comme un acte de simple routine, entre deux Nations séparées par quelques mètres, qui aujourd'hui les étreint, les mêmes qui les séparaient pendant 70 ans.

Il y a des choses qu'il faudrait oublier, tout en faisant un travail de mémoire.